Mission Fourgous pour les Tice

Le numérique à l’École : de quoi parlons-nous ?

dimanche 11 septembre 2011

À l’heure où nous équipons de plus en plus les Écoles en outils numériques, il est temps de faire le point sur les raisons d’un tel investissement et ce qu’on entend par « outils numériques ». Favoriser la croissance, former nos jeunes à la société numérique et aux métiers de demain, prendre en compte leurs différences et les nouveaux modèles d’apprentissages, favoriser l’individualisation et le développement des compétences qu’ils doivent désormais posséder… Les raisons sont nombreuses pour abandonner le cours magistral tel que nous l’avons connu…

 I-Équipement numérique des écoles et des établissements scolaires

Dès 1985, le plan « informatique pour tous » permet d’équiper les écoles en ordinateurs en vue d’initier les élèves à l’informatique. Mais ce n’est qu’en 2002, puis en 2005, avec la mise en place du socle commun de connaissances et de compétences, que les TIC [1] font une apparition massive dans les programmes : le Brevet informatique et internet (B2i), obligatoire depuis 2008, comprend ainsi cinq domaines de référence :

  • Domaine 1 : S’approprier un environnement informatique de travail
  • Domaine 2 : Adopter une attitude responsable
  • Domaine 3 : Créer, produire, traiter, exploiter des données
  • Domaine 4 : s’informer, se documenter
  • Domaine 5 : Communiquer, échanger.

Dorénavant, dans chaque discipline (par exemple les SVT), le bulletin officiel demande d’utiliser les TICE.

Parallèlement, les écoles et les établissements scolaires s’équipent de plus en plus (grâce aux investissements des collectivités). La France se situe ainsi au 12e rang européen en termes d’équipement : En 2010, on compte :

  • 1 ordinateur pour 22 élèves en écoles maternelles,
  • 1 ordinateur pour 10 élèves en école élémentaires,
  • 1 pour 6 au collège,
  • 1 pour 3 dans les lycées d’enseignement général et technologique (LEGT),
  • 1 ordinateur pour 2,6 élèves en lycées professionnels (LP).

Côté tableau numérique interactif (voir ci-dessous), la France compte environ 50.000 à 60.000 TNI pour 600.000 classes. Et : 23% des écoles élémentaires, 60% des collèges et 80% des lycées disposent au moins d’un TNI.

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Côté Internet, 70% des LEGT, un peu plus de la moitié des lycées professionnels et des collèges possèdent un débit strictement supérieur à 2Mo, débit à partir duquel on considère que la navigation sur internet devient confortable pour une utilisation pédagogique. Seuls 10% environ des établissements scolaires du secondaires disposent d’un débit supérieur à 10Mo, indispensable pour utiliser intensément internet par exemple dans le cadre d’espaces numériques de travail (ENT, voir ci-dessous).

Si 100% des écoles primaires disposent d’une connexion internet, seulement 20% possèdent un débit confortable supérieur à 2Mo.

Depuis plusieurs années, et notamment depuis le rapport « réussir l’école numérique », les collectivités investissent beaucoup dans le numérique à l’école. Et même s’il reste du chemin à parcourir, les efforts sont notables. Parfois, des reproches sont faits vis-à-vis de ces investissements colossaux.

Quelles sont les raisons poussant à l’équipement numérique de nos Écoles ?

 II- Les raisons d’une École plus numérique.

  • Internet, et les outils numériques en général, occupent une place centrale dans les entreprises : ils facilitent la créativité, l’innovation et donc la compétitivité. Le rapport mondial sur les technologies de l’information (World Economic Forum [2]) a ainsi montré que plus un pays développe et utilise les nouvelles technologies, plus son PIB par habitant est élevé et plus il est performant et innovant. Les TIC peuvent ainsi être « élevées au rang de service économique indispensable (Conseil économique et social. 2009 [3] ) ».
  • Les métiers évoluent à la même vitesse que les innovations technologiques. Les métiers de demain n’existent pas encore. La capacité à se former tout au long de la vie est devenue une compétence-clé et le numérique apparaît comme le support permettant de répondre le plus facilement à cette nécessité de formation continue.
  • Vers 1980, le collège unique est instauré et dès 1985, l’objectif est alors d’amener 85% d’une classe d’âge au bac. On assiste ainsi à la mise en place d’un enseignement secondaire de masse. Cependant, très vite, cette tendance s’infléchie : entre 1991 et 2001, les lycées généraux et technologiques perdent 120 000 élèves et depuis le milieu des années 90, la durée moyenne des études ne cesse de diminuer. L’enseignement de masse a fait son temps et se trouve confronté à la diversité des élèves. Aujourd’hui, nous devons passer du quantitatif au qualitatif et prendre en compte l’individu : enseignement différencié et apprentissage individualisé (Glossaire) répondent à cette diversité croissante. Grâce à sa souplesse, Internet permet cette individualisation des enseignements : il permet de proposer des supports et des activités variés, répondant à des classes toujours plus hétérogènes.
  • Communication, échanges, information illimitée, auto-formation, culture… Internet est omniprésent et fait désormais partie de notre culture. Détenir une culture numérique est devenue primordiale : c’est l’assurance d’être autonome, d’être capable de faire le tri dans le flux d’informations continu circulant sur le web. Ne pas éduquer nos enfants à cette culture numérique, serait les placer en dehors de la société. Dans cette « culture numérique », le savoir est virtuel et en réseau. La « classe physique » et les horaires fixes de notre École se heurtent à cette absence de frontières spatiale et temporelle. Les temps scolaire et personnel se mélangent et se confondent. Grâce à Internet, la culture scolaire entre à la maison, facilitant de ce fait la lutte contre les inégalités (Françoise Poyet [4]). Les plateformes d’apprentissages qui se développent et les Environnements numériques de travail (ENT, voir ci-dessous) répondent à ces nouveaux modes de vies et nouveaux modèles d’apprentissages.
  • 94% des 12-17 ans possèdent un ordinateur et 98% d’entre eux sont internautes. Ils passent 30 heures par semaine sur les bancs de l’École, mais également 13 heures devant le petit écran et 15 heures avec leurs outils numériques. Ils vivent dans un monde d’images, passant avec dextérité d’un monde réel à un univers virtuel. Les principes qui les guident ? Communication, interaction, réactivité, créativité et collaboration. Ils sont doués d’une intelligence transversale. Leur mode d’apprentissage est différent de celui des générations précédentes. Comment espérer qu’ils apprennent si nous utilisons nos anciens modèles ? De nouveaux modèles d’apprentissages, s’appuyant sur le numérique, doivent être créés et mis en œuvre dans les classes. Nous devons prendre en compte la particularité de chaque élève, pour arriver à les intéresser et les faire progresser tous.
  • La société telle qu’elle se dessine et évolue, exige de nos enfants, de nouvelles compétences  : autonomie, confiance en soi, aptitude à la recherche d’informations, esprit d’analyse et de synthèse, travail collaboratif, créativité, élaboration d’une pensée personnelle… La compétence numérique ([Glossaire]) est fondamentale ; elle comprend :
    • La maîtrise technique de l’instrument  ;
    • La maîtrise de l’information  :
    • Avoir un esprit d’analyse face aux diverses informations qui s’y trouvent.
    • Connaître les risques liés à Internet
    • Savoir utiliser le numérique pour obtenir, évaluer, stocker, produire, présenter, échanger des informations, communiquer.
    • Pouvoir se servir d’Internet comme outil de création.
    • Posséder les compétences juridiques et citoyennes spécifique à Internet.
    • La maîtrise de la stratégie
    • Utiliser le numérique en vue de réaliser un projet.
    • Être capable de se former tout au long de la vie.

La compétence numérique inclut également la capacité à maîtriser son (ou plutôt ses !) identité(s) numérique(s), soit apprendre à gérer et à surveiller les « traces » que nous laissons sur le web, garder le contrôle sur l’image numérique que nous souhaitons donner….La gestion de l’e-réputation est une compétence centrale du monde virtuel. L’École doit donc enseigner par et pour le numérique.

Équiper les Écoles, c’est donc permettre de former au monde d’aujourd’hui et de demain. C’est donner à l’enfant les moyens de réussir sa vie et de réussir dans la vie. C’est donner un sens à l’École et aux apprentissages. C’est apprendre à apprendre avec les outils numériques. C’est permettre le prolongement de l’acte éducatif. C’est individualiser l’enseignement afin de favoriser l’égalité des chances et la réussite de tous les élèves.

 III- Les différents outils numériques

Les Espaces Numériques de Travail ou encore Environnements Numériques de travail sont des plateformes sécurisées proposant à tous les usagers d’un même établissement scolaire, un accès unifié à un ensemble de ressources et d’outils. C’est un outil de communication, de partage, de travail collaboratif, de recherche, de consultation, de stockage (au sein d’espaces personnels ou partagés), de publication et d’administration. On y accède grâce à un compte d’accès personnel (composé d’un identifiant et d’un mot de passe). L’ENT permet d’archiver les différents documents numériques, de les consulter de n’importe quel lieu, n’importe quand, de revenir sur des activités effectuées plusieurs mois auparavant… L’atout fort de l’ENT est ainsi d’autoriser la continuité de l’environnement pédagogique et des apprentissages. Il permet à l’enseignant et à l’élève de gérer leur temps comme ils le souhaitent.

Le TNI, Tableau Numérique Interactif, se compose de trois éléments : un tableau blanc numérique, un vidéoprojecteur et un ordinateur. Ces trois éléments permettent à l’enseignant de piloter son ordinateur depuis le tableau et d’utiliser les multiples fonctions du logiciel accompagnant le TNI : conservation de tous les écrits, annotations, bibliothèque d’images, de sons, de vidéos etc. L’interactivité entre tous les supports médias (son, vidéo, image, texte…) facilitent la mise en place d’un enseignement fluide, ludique, interactif et motivant. L’enregistrement du déroulement du cours facilite le rattrapage des cours et les révisions. Le logiciel permet également la construction rapide de quizz et QCM : les boitiers de vote accompagnant le TNI donnent alors un aspect ludique à cette évaluation formative, indispensable pour l’enseignant (pour savoir où en sont les élèves de leurs apprentissages) et pour les élèves (pour prendre conscience de leurs acquis et des progrès restant à effectuer). À Élancourt, toutes nos classes sont équipées de TNI et aucun enseignant n’envisage de revenir en arrière !

Une classe nomade (ou classe mobile) est un meuble contenant de 6 à 32 ordinateurs portables, un vidéoprojecteur, une ou deux bornes Wifi, une imprimante... Les ordinateurs sont reliés entre eux grâce au Wifi et l’ordinateur-maître peut prendre à distance le contrôle de tous les autres postes. Ce dispositif permet de transformer n’importe quelle salle de cours en véritable salle multimédia sans fil : sa mise en place est rapide et elle libère des contraintes de l’utilisation programmée d’une salle informatique : gestion des plannings horaires, déplacements, disposition figée des postes… L’enseignant visualise tous les écrans et peut envoyer un message à un élève en particulier ou à toute la classe, peut verrouiller tous les ordinateurs le temps d’une explication, lancer des applications, envoyer son écran ou l’écran d’un élève sur tous les autres postes… Ces fonctions permettent d’individualiser l’enseignement et donc de prendre en compte les caractéristiques de chaque élève.

Le baladeur numérique permet de télécharger (baladodiffusion ou podcasting) des fichiers audio ou vidéo, de les stocker , de les visualiser ou encore de faire des enregistrements vocaux. L’enseignant place les documents sur tous les baladeurs des élèves qui écoutent et voient le cours autant de fois qu’ils le souhaitent. Ils peuvent ainsi travailler à leur propre rythme.

Ardoise électronique ou encore tablette tactile, la tablette numérique est un outil portatif ultraléger, fonctionnant de manière intuitive, sans clavier, ni souris : l’utilisateur interagit sur l’écran tactile à l’aide de ses doigts. Elle offre ce mélange subtil et séduisant d’un cadre familier (format « ardoise » de notre enfance) et de la modernité (images haute définition, interactivité…). Sa mise en marche immédiate et son fonctionnement intuitif permet de consulter et de rechercher des documents sans perte de temps. Elle facilite de plus la mise en place d’activités collaboratives entre élèves.


Notes

[1] Technologies de l’information et de la communication

[2] World Economic Forum (WEF) Global Information Technology Report : Connecting to the Networked Economy 2006/2007

[3] Hubert Bouchet. 2009. L’industrie, les technologies et les services de l’information et de la communication au cœur de l’avenir.

[4] L’éducation à l’heure du numérique. Etat des lieux, enjeux et perspectives. ENS Lyon-INRP. 2011. Françoise Poyet. Culture scolaire et culture numérique en tension

 
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