Mission Fourgous pour les Tice

Un enseignement mixte du Primaire à l’université ?

dimanche 25 septembre 2011

« L’enseignement en ligne bat la salle de classe ».
Le titre du New York Times de ce 19 août 2009 nous a tous interpelé. Nous sommes restés devant, longtemps, sans comprendre. Deux ans se sont écoulés. Le temps de réaliser. Le temps de rebondir.

 I- Des ménages équipés

Aujourd’hui, 94% des 12-17 ans possèdent un ordinateur et 98% d’entre eux sont internautes. Quasiment toutes les familles avec enfants sont équipées. Surprenant ? Pas si on en croit les chiffres de l’OCDE présentés par Pierre Montagnier [1] lors de la table ronde du 21 septembre 2011 dans le cadre du salon ODEBIT [2] : le poste « communication-informatique » est le premier poste de dépenses des ménages, devançant largement la santé et reléguant l’habillement au dernier rang !

Dépenses des ménages dans les pays de l'OCDE (OCDE-2011) {JPEG}

 II- Une évolution qui répond à des besoins

Internet est devenu aussi omniprésent que l’électricité. Communiquer, partager, échanger… L’individuel disparaît petit à petit au profit du collaboratif. Nos enfants passent 15 heures sur le web par semaine [3] (contre 30 heures sur les bancs de l’École et 13 heures devant le poste télé) et un rapport d’études de 2010 de la Caisse des dépôts et du Ministère de l’éducation nationale montre que l’utilisation des TICE (Glossaire) par les élèves est non seulement plus importante au domicile qu’à l’École, mais que cet usage peut avoir un réel impact sur l’amélioration des résultats scolaires.

Le pas à franchir vers l’enseignement mixte (Glossaire) est d’autant plus facile que :

  • Pour réussir à l’université, il faut travailler trois heures chez soi, pour une heure de cours ;
  • Le faible taux de réussite des étudiants français en Licence (37% de réussite contre 70% dans les pays d’Europe du Nord) pourrait avoir un lien étroit avec le fait que nous avons supprimé les devoirs en Primaire et donc que les jeunes n’ont pas pris l’habitude de travailler chez eux...

Reconnaissons que nous avons toujours « fait nos devoirs et exercices » en rentrant à la maison le soir, après l’école : il n’est plus nécessaire de démontrer que la mémorisation demande des exercices répétitifs et du temps, concepts incompatibles avec une École à horaires fixes.

Dans le monde anglo-saxon, la « solution Internet » a été adoptée par de nombreuses universités : l’Université de Genève propose sa formation mixte, l’Université du Québec à Montréal propose également plus de 1500 cours selon un mode d’enseignement mixte, de même pour l’Université de Laval et de nombreuses autres… Le nombre d’étudiants inscrits en formation mixte (formation hybride, blended learning) ne cesse de croître. Mais la France n’est pas en reste et nombreuses sont les universités à avoir adopté ce système. En médecine, les inégalités créées entre les étudiants pouvant suivre des cours privés (dont le premier prix d’accès est de 2000€) et ceux ne pouvant se le permettre, a provoqué l’évolution du système d’enseignement dès 2006 : afin de donner à tous les étudiants la même chance de réussite, la faculté de Grenoble a, par exemple, mis en place, un système d’enseignement mixte avec :

  • Un enseignement présentiel centré sur les besoins explicatifs des étudiants (à faible ou moyen effectif)
  • Un enseignement en ligne permettant de susciter un travail, non seulement en aval, mais également en amont des cours.

Cette évolution est également perceptible dans les établissements scolaires :

  • À Charleroi, en Belgique, le Centre Éducatif Communal Secondaire a mis en place depuis plus de 5 ans, un enseignement mixte : les lycéens apprennent sur des audio-vidéos interactives, des podcasts… via l’ENT (Définition).
  • Un lycée privée, en Lorraine, a mis en place, à partir de la classe de 2nde, un dispositif de formation en ligne dans la plupart des matières (dispositif LOREAD). Les élèves ont des heures prévues à cet effet dans leur emploi du temps, pendant lesquelles ils travaillent seuls devant un ordinateur. Ils sont encadrés par un référent.
  • En France, c’est, en 2011, 1800 établissements scolaires qui utilisent un ENT pour la continuité des enseignements entre la classe et le domicile et ce sera 5000 en 2012 (communiqué de presse).

 III- Une évolution qui répond à la recherche

En 2008, un professeur de l’Université de Houston a constaté que les étudiants qui participaient à un enseignement mixte (pédagogie mixte Glossaire) réussissaient mieux que ceux qui suivaient simplement un enseignement classique, en salle de cours. Dans cette expérimentation , une augmentation de 10 % à 14 % du niveau des résultats des élèves a été observée.

En 2010, une métasynthèse portant sur de nombreuses études réalisées entre 1996 et 2008, a été effectuée par le ministère américain de l’éducation. Selon l’auteur principal de l’étude, « l’apprentissage en ligne n’est pas seulement “mieux que rien”, il fait mieux que l’enseignement conventionnel ! », le web 2.0 et les réseaux sociaux pouvant créer des communautés d’apprentissage à l’impact positif pour les « élèves moyens » [4].

Les résultats de l’étude sont clairs :

  • « Les étudiants dont les cours ont lieu, entièrement ou en partie, “en ligne” obtiennent, en moyenne, de meilleurs résultats que ceux qui assistent aux mêmes cours, mais de façon traditionnelle, en face à face. »
  • Pour les élèves plus jeunes et moins autonomes, les impacts les plus positifs se font lors d’apprentissages mixtes incluant une alternance entre les cours en présentiel et les cours en ligne.

 IV- Des résultats sous conditions : autonomie, motivation, interaction, évaluation formative.

Si la classe est une salle de théâtre où on observe, écoute, où il y a un contact, une énergie, une ambiance… la formation en ligne, c’est le DVD interactif : on peut se répéter la scène autant de fois qu’on le désire. Et l’enseignement mixte ? On prend simplement le meilleur des deux !

Est-ce si surprenant que les résultats obtenus lors d’un enseignement mixte soient supérieurs à ceux obtenus lors d’un enseignement classique ?

En regardant d’un peu plus près, on constate que l’enseignant est libéré du temps qu’il passait à dicter ses cours, à transmettre le savoir et ce au profit d’activités différenciées, respectant les caractéristiques de chaque élève. En classe, les élèves sont actifs et donc plus réceptifs. À la maison, les cours numériques sont plus interactifs, plus ludiques. Les élèves sont plus motivés, plus concentrés. L’apprentissage en ligne donne le temps d’apprendre.

Tous les apprentissages en ligne sont-ils bénéfiques ?
La recherche montre que les impacts positifs sur les résultats scolaires sont soumis à conditions. Cela dépend :

  • des supports utilisés
  • de la pédagogie employée
  • de l’interactivité mis en place
  • du temps passé sur la plateforme
  • du modèle d’évaluation employée
  • de l’incitation de l’apprenant à la réflexion
  • de la prise en compte du degré d’autonomie de l’apprenant.

Ainsi, pour Christian Ernst [5], la réussite d’un élève sur une plateforme en ligne dépend de sa motivation elle-même étroitement liée à son autonomie :

    • Autonomie face aux outils mis à sa disposition
    • Autonomie face au cheminement pédagogique qui lui est proposé.

La réussite de cette mutation de l’École tient avant tout à l’évolution du statut de l’enseignant : son rôle de pédagogue est renforcé mais il devient également scénariste et web-tuteur. C’est la formation de nos enseignants à ces deux nouvelles fonctions qui est le pilier de la réussite des transformations entamées par notre École.


Notes

[1] Pierre Montagnier, Statistician, Information and Communication Technologies Unit, Directorate for Science, Technology and Industry – OECD

[2] Table ronde au Salon ODEBIT le 21/09/2011. Thème « E-éducation : valorisation des usages des TICE au sein de l’enseignement. »

[3] « Internet passe devant la télé chez les jeunes Européens. » Télérama.fr. EIAA, European Interactive Advertising Association. 2007.

[4] Déclaration de Philip R. Regier, doyen du programme University’s Online and Extended Campus program de l’Arizona. New York Times- 19/08/2009. Study Finds That Online Education Beats the Classroom. En ligne. http://bits.blogs.nytimes.com/2009/...

[5] Ernst Christian. E-learning. Conception et mise en œuvre d’un enseignement en ligne. Guide pratique pour une e-pedagogie. Cépaduès-éditions. 2008.

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