En 1997, un comité américain pour la science et la technologie [1] admettait que l’intégration des outils numériques dans les Écoles était une nécessité, les métiers de demain exigeant des connaissances et des compétences spécifiques, comme l’esprit d’analyse et de synthèse, la collaboration ou encore la créativité afin de concevoir de nouvelles approches pour résoudre de nouveaux problèmes. Selon ce comité, non seulement l’informatique devait être intégrée dans les programmes scolaires, mais les outils numériques devaient également servir de support à l’apprentissage dans toutes les matières afin d’améliorer la qualité de l’enseignement. Nombreuses ont été les études internationales allant dans ce sens.
Par conséquent, comme dans de très nombreux pays, le gouvernement français et les collectivités locales ont investi des millions d’euros dans l’équipement numérique des écoles et établissements scolaires.
En ces temps de crise, l’heure est au bilan : est-ce que cela en vaut la peine et si oui, dans quelles conditions ?
Le New York Times du 4 septembre 2011 relatait l’expérience du district de Kyrene (dans l’Arizona) où l’équipement des classes en outils numériques a été suivi d’une stagnation des résultats scolaires en lecture et en mathématique, alors que dans le même temps, ceux de l’Arizona ont augmenté.
Nombreuses sont les études ne montrant pas d’impacts significatifs des TIC sur les résultats scolaires (Silvernail & Gritter, 2007 [2]. , Lowther, Strahl, Inan & Bates, 2007 [3] …)
En France, depuis 2000, soit depuis la première session du PISA (programme évaluant les acquis des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE), la France ne progresse pas, loin s’en faut : perte de 6 places en lecture entre 2000 et 2009, et perte de 3 places en mathématiques entre 2003 et 2009.
Une métasynthèse [4], réalisée par l’Association pour la recherche sur l’impact des TIC dans l’enseignement collégial et l’étude CARET (Center for Applied Research in Educational Technology [5]) reposant sur l’analyse de plus de 700 rapports et études arrivèrent aux mêmes résultats :
- Les TICE améliorent les résultats scolaires quand :
- leur utilisation offre aux élèves des possibilités de collaboration
- leur utilisation s’ajuste aux capacités de l’élève et à son expérience antérieure
- elles fournissent une rétroaction (feed-back) à l’élève et au professeur au sujet des résultats ou des progrès de l’élève.
- le logiciel utilisé présente aux élèves des moyens de conception et de mise en place de projets.
- une formation adéquate des enseignants est combinée à des approches pédagogiques clairement définies
- Les TICE augmentent l’intérêt, l’attitude et la motivation quand les élèves :
- emploient des logiciels informatiques qui adaptent les problèmes et les tâches pour maximiser leur expérience de réussite
- emploient des logiciels pour produire, présenter et partager leur travail avec des pairs, des professeurs et des parents
- utilisent des logiciels stimulants et ludiques pour développer des connaissances et des compétences de base.
- La technologie permet le développement des opérations cognitives d’ordre supérieur quand les élèves :
- travaillent dans des groupes de collaboration à l’aide des ordinateurs pour résoudre des problèmes
- emploient des outils de présentation et de communication pour présenter, éditer et partager des résultats de projets.
Selon le chercheur Christian Barrette [6] , deux faits ressortiraient également de ces rapports et études :
- Une approche pédagogique innovante commençant en classe et se poursuivant dans des activités menées par les élèves hors classe permettrait d’aboutir à des apprentissages complexes (auxquels les élèves ne parviendraient pas sinon).
- Une utilisation des TICE qui dépasse le cadre de la salle de cours s’accompagne d’un changement pédagogique chez les professeurs.
Une étude [7] de 2010 réalisée sur 997 écoles aux États-Unis a mis en évidence 3 facteurs contribuant à augmenter les résultats scolaires avec les outils numériques :
1- La formation des enseignants aux outils numériques Le rapport de 1997 mentionné au début de cet article, pointait déjà le problème de la formation des enseignants : selon lui, 30% des sommes investies sur le numérique devraient être consacrées à la formation, ce qui est loin d’être le cas.
2- La formation des enseignants à de nouvelles pratiques pédagogiques
3- La collaboration entre élèves et entre professeurs. La collaboration revient dans de nombreuses études, que ce soit au niveau des enseignants (Marzano 2003, Baron et Bruillard, 2006 [8], TALIS 2009) ou des élèves (Marzano, Pickering et Pollock 2001). Or cet apprentissage en groupe des élèves dépend de l’organisation de la salle : une organisation « classique », rigide (comme c’est le cas dans les laboratoires et la plupart des salles de classes en France) favorise un enseignement transmissif, passif, alors qu’une organisation plus souple favorise les échanges et la créativité [9].
Pour Pedro Francesc [10] de l’UNESCO , l’intégration des TIC sera suivie d’effets positifs sur les résultats scolaires à 4 conditions :
1- Si le gouvernement donne une vision aux enseignants, soit des expériences réussies montrant le chemin à suivre (montré également en 2006 par les chercheurs de l’INRP : Robert F. McNergney et Lara W. Kessler [11])
2- Si l’édition suit en proposant des supports numériques innovants
3- Si les modes d’évaluation des enseignants et des élèves évoluent. Pour F. Pedro, il est nécessaire de s’interroger sur les compétences attendues au XXIe siècle afin de les inclure dans les évaluations et les programmes scolaires. Ainsi, l’évaluation internationale PISA de 2009 prenait déjà en compte la lecture sur un écran d’ordinateur. Celle de 2012 évaluera la capacité à se servir des réseaux du Web 2.0 afin de résoudre un problème. Cette nécessité de faire évoluer les modèles d’évaluation est également notée dans l’étude Eurydice 2011.
4- Si on ajuste la formation des enseignants à ces nouvelles compétences spécifiques du XXIe siècle. Ainsi, Krauss et al. (2008 [12]) ont montré que c’était les enseignants possédant le plus de connaissances pédagogiques qui arrivaient à créer les situations d’apprentissage les plus stimulantes. Selon l’étude TALIS 2010 , la formation des enseignants devrait :
- Former à la « pédagogie numérique » (Glossaire)
- Former aux e-compétences et aux compétences nécessaires au XXIe siècle
- Intégrer la recherche et l’expérimentation
- Comprendre la collaboration et le partage des expériences
- Favoriser la créativité
Toutes les études arrivent à ce même constat, il n’y a pas de bons résultats scolaires, sans des enseignants formés à des pratiques pédagogiques innovantes s’appuyant sur les atouts offerts par le numérique. Qu’il s’agisse de la formation des enseignants ou de la formation des élèves, toutes les études montrent que la collaboration est indissociable de l’efficacité d’un système éducatif.

