Mission Fourgous pour les Tice

Je réagis à la tribune de M. Fourgous

mercredi 12 octobre 2011

Vous pouvez réagir à la tribune de M. Fourgous « Oser la pédagogie numérique ».

Oser la pédagogie numérique

Les mauvaises notes que notre pays engrange depuis de nombreuses années dans les différents classements internationaux ne résultent-elles pas plus de la manière d’enseigner, que de la capacité de nos élèves à apprendre ou encore de la bonne volonté de nos enseignants à vouloir gommer les inégalités ? Au lieu de stigmatiser une profession compétente et de culpabiliser inutilement les élèves et les parents, ne faudrait-il pas, plutôt, revoir les modèles qui sous-tendent l’apprentissage ?

Il est anormal que notre pays, qui consacre chaque année 60 milliards d’euros au budget de l’éducation nationale (premier budget de la nation), ne soit que le 22e pays de l’OCDE, en termes de résultats scolaires. Il est anormal que nous occupions cette place avec un tel engagement qui représente 6 % de notre PIB quand nos voisins allemands qui n’en consacrent que 4,7 % (soit un point de moins que la moyenne européenne : 5,7 %) occupent la 14e place. Il est aussi anormal qu’après les nombreuses réformes mises en œuvre depuis des décennies, 15 % de nos enfants ne savent toujours pas lire en fin de primaire et qu’à leur entrée en 6e, 40 % d’une classe d’âge éprouve des difficultés importantes dans les trois compétences de base : lire, écrire, compter. Il est inadmissible que 170 000 jeunes de 16 à 18 ans, disparaissent chaque année des écrans-radars de la scolarisation, sans compter les milliers de recalés du système universitaire.

La question du socle commun de connaissances et de compétences à maîtriser prend ici toute sa dimension. Mais la question ne peut être déliée de la manière dont il faut s’approprier ce socle commun. Et si la pédagogie frontale, magistrale qui a permis, pendant de nombreux siècles, de transmettre un maximum de connaissances, à un maximum de personnes, dans un minimum de temps, était aujourd’hui inadaptée ?

Le temps où le « professeur-seigneur » sur son piédestal enseigne « le savoir pour le savoir » devant des élèves silencieux et passifs semble révolu. Parce que la pédagogie frontale ne donne plus aux enseignants les moyens de gérer la diversité des élèves, il est temps de passer à un autre type de pédagogie qui tienne compte des évolutions de notre société. Une nouvelle pédagogie qui s’appuie sur les outils numériques et les intègre apparaît comme une réponse adaptée aux enjeux de l’éducation du XXIe siècle : lutter contre l’échec scolaire ; favoriser l’égalité des chances ; redonner aux élèves le plaisir d’aller à l’école et d’apprendre ; revaloriser le métier d’enseignant qui doit retrouver toute sa place avec ce rôle de « metteur en scène du savoir ».

UN MONDE NUMÉRISÉ

Nos enfants naissent dans un monde numérisé qui modifie les modes de raisonnement, les rapports à l’information, à l’image, au texte… Ce monde numérique (qui est loin d’être virtuel) influe également leurs comportements. Aujourd’hui pas moins de huit adolescents sur dix utilisent les réseaux sociaux. Selon un sondage, un peu plus de la moitié (55 %) des 8-17 ans discutent avec leurs parents des réseaux sociaux et 22 % avec leurs enseignants ! Grâce à l’émergence et au développement de nouveaux outils et de nouvelles technologies (tableau numérique interactif, Internet, e-learning, visioconférences, tablettes, etc.), la « pédagogie numérique », plus active, différenciée et collaborative permet aux élèves qui viennent d’origines et d’horizons différents, qui ne disposent pas du même capital culturel et linguistique, des mêmes ressources et attitudes, et surtout des mêmes rythmes d’apprentissage, de gommer ces différences, de renforcer leur confiance, leur autonomie, leur esprit de créativité, leur curiosité, leurs « e-compétences »…

Tout ceci peut devenir un formidable levier de changement des pratiques quotidiennes. En effet, le chercheur Robert Marzano démontre que l’utilisation des outils numériques permet d’augmenter les résultats scolaires de 16 à 31 %. L’institut de recherche IZA a mis en évidence, dès 2006, que les seules écoles qui ont vu leurs résultats scolaires augmenter sont celles qui ont certes investi dans l’équipement mais qui ont surtout formé les enseignants à la maîtrise technique et pédagogique de ces outils numériques. Ces résultats ont été confirmés, en 2008, par une étude de la Commission européenne : « L’amélioration de l’efficacité de l’apprentissage par les TICE3 dépend exclusivement des pratiques pédagogiques employées par les enseignants. »

S’orienter vers une pédagogie « numérique », différente, mutualisante et plus innovante est d’autant plus nécessaire que les enseignants eux-mêmes s’impatientent des nouveaux changements, dont ils sont les principaux acteurs. En 2002, ils étaient 48 % à percevoir la valeur ajoutée des technologies de l’information et de la communication de l’éducation (TICE) dans les apprentissages scolaires. Ils ont aujourd’hui 95 %. Les enseignants sont innovants. Il importe de les accompagner dans les talents et dans ces nouveaux usages.

L’école ne doit pas être pédagogiquement sanctuarisée. Elle ne doit pas restée hermétique à tout changement. Au contraire, elle doit être une école plus ouverte sur la vie et les pratiques quotidiennes des jeunes. Car ce n’est pas sur l’éducation d’hier que nous bâtirons les talents de demain. N’oublions pas enfin que l’éducation et l’apprentissage constituent les piliers de la réussite d’un individu, d’une entreprise et d’un pays.


Jean-Michel Fourgous est l’auteur de Réussir à l’Ecole grâce au numérique (Editions Odile Jacob, 2011). Il remettra son rapport sur la pédagogie numérique au début de l’année 2012 au premier ministre.


 
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