Mission Fourgous pour les Tice

Les pratiques innovantes à l’École

mercredi 28 septembre 2011

The Economist notait le 17 septembre 2011, « The idea that good schooling is about spending money is the one that has been beaten back hardest », soit, une École réussie ne dépend pas de l’argent dépensé ! Et nous avons bien noté que les pays qui dépensent le moins pour leur système éducatif (comme la Finlande), obtiennent d’excellents résultats aux tests internationaux comme PISA.

Parmi les facteurs clés d’une École réussie, mis en évidence par The Economist, on retiendra :

  • l’autonomie des établissements scolaires,
  • la modernisation de la pédagogie afin de prendre en compte les élèves en difficulté,
  • des enseignants de qualité, bien formés.

La « modernisation de la pédagogie »…
Comment se traduisent concrètement ces pratiques dîtes « innovantes » ?

Ce que l’on sait de la recherche :
Nous retenons généralement :
10% de ce qu’on lit
20% de ce qu’on entend
30% de ce qu’on voit
50% de ce qu’on voit et entend
75% de ce qu’on dit (ou écrit)
90% de ce qu’on fait.

Les méthodes permettant à l’élève de participer et d’agir semblent donc plus efficaces.
Non seulement, les études ont montré qu’il fallait plus d’interactivité et d’activités dans les enseignements, mais elles ont également mis en évidence les nombreux atouts d’Internet et des outils numériques dans l’enseignement et l’apprentissage.

Evolution de la pédagogie avec l'arrivée des TICE {JPEG}

Après de nombreuses et longues hésitations, la réforme des pratiques pédagogiques est enfin en cours.

Des exemples de « pratiques innovantes » ?

  • De plus en plus d’enseignants envoient les cours en amont de la séance, aux élèves, sur l’ENT (voir les différents outils numériques) ou par mail, afin que ceux-ci lisent le sujet avant la séance. En classe, l’enseignant soulève avec les élèves un problème et ces derniers, par binôme devant un ordinateur ou par petits groupes, le résolvent de manière coopérative.
    L’enseignant passe de groupe en groupe, peut rester plus longtemps auprès d’élèves en difficulté, chaque binôme travaillant à son rythme. Le cours n’est plus jamais dicté, seul le bilan construit collectivement est écrit. Via cette pédagogie active, pédagogie de l’expérience, les élèves y gagnent en autonomie et l’apprentissage est plus efficace : « On n’apprend pas à faire du vélo en regardant le prof pédaler ! » (Philippe Meirieu [1]).
    La Khan académie est l’exemple le plus connu, de nombreux enseignants internationaux s’en servant de supports via une pédagogie mixte (Glossaire), mais de plus en plus d’enseignants français adoptent ces pratiques : ils y gagnent un autre statut, un statut de « guide », de « metteur en scène » et donc un rôle central dans l’apprentissage des élèves.
  • En se basant sur la même conception de l’apprentissage que Freinet « faire écrire » (« l’élève n’écrit pas pour l’enseignant, mais pour être lu et pour avoir une réponse »), Jean-Roch Masson, professeur des écoles à Dunkerque utilise Twitter avec ses élèves de CP, afin de les motiver à apprendre à lire et à écrire. Il reconnaît rester très vigilent sur l’orthographe...
  • Le Learning-game (aussi appelé serious game ou jeu sérieux) intéresse également de plus en plus les enseignants : Mystère au monastère, Écoville, Clim City sont quelques exemples parmi les 800 disponibles sur le marché. Les diverses études comme Teaching with Games, menées de 2005-2006 par l’agence britannique Becta, ont montré leurs impacts positifs sur le développement de nombreuses compétences (étude European Schoolnet).
    Ces jeux ne cessent de se perfectionner et aujourd’hui, grâce au fun Learning, le joueur apprend réellement à son insu.
  • Dans les amphithéâtres de l’université de Harvard, aux États-Unis, l’enseignant pose une question aux étudiants. Ceux-ci donnent leur réponse via un boitier de vote. Puis ils doivent se retourner vers leurs 3 ou 4 plus proches voisins afin de discuter du problème soulevé. Ils revotent ensuite.
    Les expérimentations effectuées montrent que le taux de rétention d’informations est multiplié par deux. Cette pédagogie coopérative qui s’appuie sur les travaux de Célestin Freinet, pédagogue Français [2], part du principe que l’entraide entre les élèves a pour conséquence directe l’apprentissage individuel. Pour Sylvain Connac [3], les élèves y gagnent même en autonomie, en confiance, en sérénité et développent une culture coopérative.
  • Basé sur le même concept de l’apprentissage par les pairs, l’« université pair à pair » (P2PU) propose de petits groupes d’études : les étudiants lisent auparavant un chapitre donné, regarde une vidéo d’un enseignant… puis ils se donnent rendez-vous sur skype afin de discuter du sujet. Dans certaines universités, un wiki est également créé afin de prendre des notes de manière collective.
  • L’E-Learning expérientiel et les mondes virtuels peuvent également permettre d’offrir de nouveaux modèles d’apprentissage : ils reposent sur l’action et la collaboration entre pairs.
    De nombreuses universités ont déjà placé leur campus dans second Life et les établissements français ne sont pas absents : Universités de Lille 1, Toulon, l’université de Lyon 3 etc.
    L’école supérieure de l’Education nationale (ESEN), l’université Jean-Moulin Lyon 3… utilisent ainsi les mondes virtuels pour les apprentissages : chaque étudiant est représenté par un avatar et tous se retrouvent ainsi, sur le web, lors de conférences virtuelles, en amont ou en aval d’un cours présentiel.

Selon Jean Jaurès, « on n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est », ces pratiques innovantes devraient donc faire partie de la formation initiale et continue des enseignants.

C’est le combat de Michèle Drechsler, inspectrice de l’éducation nationale, qui s’est très largement investie dans l’ingénierie de la formation des enseignants, via Web 2.0. Elle donne plusieurs exemples d’applications pédagogiques de ces mondes virtuels. Selon le rapport de l’OCDE (2011), ces modes de formation permettent d’être actifs là où le cours ne permet que la passivité.
Via l’expérimentation et la collaboration, l’apprentissage via les mondes virtuels apparait plus motivant et les apprentissages plus efficaces que dans un cours classique reposant sur des manuels.

Les pratiques innovantes sont déjà nombreuses de part la créativité de nos enseignants, mais elles demandent à se divulguer et à se diversifier encore plus.
Le web 2.O est à l’origine de nouveaux modes de raisonnement, auxquels doivent s’adapter les pratiques, qu’elles concernent les élèves de Primaire, du secondaire, les étudiants ou les adultes.


Notes

[1] Cité par Connac Sylvain, Apprendre avec les pédagogies coopératives. Démarches et outils pour l’école, Pédagogies [outils], ESF édition. 2010, 334 p.

[2] Freinet Célestin, Les techniques Freinet de l’École moderne. Paris, France : Librairie Armand Colin. Huitième édition ; première édition en 1964 (Carnets de pédagogie pratique 326, Collection Bourrelier), 144 p.

[3] Connac Sylvain, Apprendre avec les pédagogies coopératives. Démarches et outils pour l’école, Collection : Pédagogies [outils], Esf éditeur, 2010, 334 p.

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