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Recrutement des enseignants : pratiques à l’international

samedi 1er octobre 2011

Le rapport TALIS 2010 avait relevé que la qualité des enseignants a un fort impact sur la réussite des élèves. Cette qualité relève, selon l’étude, d’une part du recrutement et de la sélection des futurs enseignants, d’autre part de leur formation initiale et continue. De plus, dans le cadre de l’autonomie des établissements scolaires, cette qualité relève également de l’aptitude du Directeur à bien choisir ses enseignants.
Le rapport de l’OCDE de 2011 confirme ces conclusions :le recrutement des enseignants est la clé pour obtenir des enseignements et donc une École de qualité. Selon ces chercheurs, il est également nécessaire de :

  • revoir les critères de recrutement des futurs enseignants afin d’identifier les candidats possédant les plus grands potentiels à l’enseignement
  • favoriser le recrutement de personnes d’origine diverse, afin d’obtenir des enseignants ayant des expériences différentes (cela peut inclure, dans certains pays, des avantages de carrière pour faciliter le recrutement de minorités, et notamment d’hommes trop peu nombreux dans le métier). Dans certains pays, les enseignants sont obligés d’avoir eu une expérience dans le privé avant d’enseigner.
  • améliorer les conditions de travail
  • faciliter l’apprentissage collaboratif entre pairs. Certains pays facilitent également la formation continue via des congés sabbatiques, des congés prolongés sans solde ou des échanges avec l’industrie.
  • favoriser la formation en ligne (e-Learning ou formation mixte Glossaire)
  • reconnaître l’expérience et les compétences acquises (VAE) au cours de la carrière.

Singapour

Singapour se distingue par le fait que le pays sélectionne ses futurs enseignants directement au collège-lycée, parmi les meilleurs élèves. Un salaire mensuel (équivalent à celui d’un jeune diplômé dans un autre domaine) leur est proposé en échange duquel ils s’engagent à enseigner pendant au moins trois ans. De fortes aptitudes à enseigner sont requises car jugées comme essentielles pour exercer cette profession. Ils suivent des stages d’enseignement très jeunes pour mesurer leur intérêt pour l’enseignement. Après ces trois ans, les enseignants sont évalués tous les ans afin de voir quel parcours de carrière leur convient le mieux : enseignant, spécialiste des programmes scolaires, enseignant-chercheur ou chef d’établissement. Certains jeunes diplômés reçoivent des formations complémentaires leur permettant d’accéder à des postes de responsabilité ou de rejoindre le ministère pour une période donnée. Leur salaire est ajusté en conséquence, le gouvernement attachant une importance au fait que les salaires des enseignants soient aussi attractifs que ceux d’autres professions.
À Singapour, le leadership de l’enseignant ainsi que sa capacité à donner envie d’apprendre à ses élèves et à se former lui-même sont les critères permettant aux jeunes diplômés de progresser rapidement dans leur carrière.

Le Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, le gouvernement a dû faire face, en 2000, à une grave pénurie d’enseignants. À son arrivée, Tony Blair a augmenté de manière très significative le salaire des enseignants, mis au point un programme drastique de recrutement des enseignants et a procédé à des changements importants dans leur environnement de travail. Via l’agence TDA (Training and Development Agency) et un réel effort financé (175 millions d’euros), des études de marché approfondies ont été réalisées afin de connaître les motivations et les freins pour devenir enseignant et développer une stratégie de marketing pour le recrutement. Une bourse de 7000 €, net d’impôts, a été versée à tous les stagiaires-enseignants ainsi qu’un complément de 4600 € pour ceux d’entres eux qui s’orientaient vers les mathématiques et la physique.
La campagne publicitaire a notamment souligné les nombreuses compétences spécifiques au métier en se concentrant sur l’idée qu« ’enseigner fait la différence », dans le but de redonner à l’image de l’enseignement son statut de profession. Le statut de l’enseignant a été renouvelé. Les voies d’accès à la filière « enseignement » ont été diversifiées et la reconversion de carrière facilitée.
L’approche publicitaire était directe : tout candidat n’avait qu’une seule chose à faire : composer le numéro de téléphone inscrit sur les pages publicitaires. L’impact a été important, on comptait 8 candidats par poste. 4 ans après la mise en place de ce dispositif, le taux de vacance de poste est passé de 50% a moins de 1%, notamment pour les mathématiques et la physique pour lesquelles le nombre de recrutement à doublé depuis 2005.

La Finlande

En élevant le niveau de recrutement des enseignants, en augmentant leurs responsabilités et en leur donnant un statut d’enseignant-chercheur toujours à la recherche de la meilleure stratégie pédagogique à adopter, la Finlande a, non seulement, réussi à faire de l’enseignement, une carrière recherchée, mais à créer, de plus, une ambiance sereine reposant sur la confiance, entre les parents et les enseignants.
En 2010, on comptait 10 candidats par poste dans les écoles primaires.
Le recrutement est devenu très sélectif, basé sur les compétences spécifiques à l’enseignement : aujourd’hui tous les enseignants sont très bien formés.

Le rapport de l’OCDE souligne qu’à la suite du recrutement des enseignants, 16 pays ont mis en place une période d’essai obligatoire, précédant leur recrutement définitif. Cette période dure généralement un an, mais dans certains pays (Grèce, Luxembourg, Islande…), elle dure deux ans. En Allemagne ou dans la Communauté flamande de Belgique, elle peut s’étendre jusqu’à trois ans.

Tous les pays aujourd’hui ont revu ou revoient les modalités de recrutement des enseignants afin de privilégier les candidats possédant les meilleures compétences à l’enseignement. Ainsi, Singapour, la Finlande mais également la Corée du Sud recrutent leurs enseignants parmi les meilleurs étudiants et leur offrent des conditions idéales. A l’opposé, des pays comme les États-Unis (dont les résultats scolaires ne sont pas un exemple), la moitié des enseignants est recrutée parmi les plus mauvais étudiants. Sachant qu’il est difficile de révoquer un enseignant...


2 contributions

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  • Ce que fait Singapour, c’est ce que la France utilisait avec les Ecoles Normales d’instituteurs (entrée en 2de après un concours difficile) dont les dernières promotions sont sorties il ya une quarantaine d’années. On ne choisissait pas une carrière par défaut mais par motivation. Et si la motivation n’était pas tout à fait là, la formation et l’esprit de promotion (5 ans de vie de groupe) agissait. Singapour n’a rien inventé mais s’est donné les moyens de réussir l’école, moyens que la France a abandonnés ! Maintenant bac+5, pas de formation, il faut être très motivé (c’est de plus en plus rare) ou n’avoir pas d’autre solution pour devenir enseignant. De plus, il n’y aura bientôt plus que des enseignantes (l’Ecole Normale recrutait le même nombre de filles que de garçons) et il serait bien que les élèves rencontrent encore des enseignants, de temps en temps, dans leur scolarité.

  • Il semble qu’actuellement, il est bien difficile de mettre en place de tels dispositifs en France. Une personne qui a fait le choix de la pluridisciplinarité, du passage par le privé est plutôt fortement pénalisé puisque tout est organisé suivant des logiques de disciplines et à l’intérieur de disciplines les sélections s’effectuent à 24 ans à peu prés..Et encore.... !!! parfois c’est à 18 ans que tout se joue....IL faut donc faire carrière très jeune dans une discipline voire dans une micro-spécialité à l’intérieur de chaque discipline et poursuivre son chemin pendant plusieurs années...Le plus souvent, il faut s’adosser à un « mandarin » qui a fait les mêmes choix et qui « couvent » ses poulains. La nécessité ainsi d’ouvrir l’enseignement supérieur à des parcours diversifiés est totalement bloqué par cette situation et ces privilèges qui interdisent une réelle diversité.

    Ceux qui ont fait le choix de parcours diversifiés ne peuvent voir leur carrière bonifiée. Ils sont lésés et lourdement pénalisés en termes de rémunération, de postes intéressants, de possibilité d’avancer dans le métier...

    Ceci est vrai tout autant dans l’enseignement supérieur que dans le secondaire ou les classes préparatoires.

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