Point sur les études antérieures
La question du lycée en France est un sujet de société. Il a longtemps été en France le lieu de formation des futures élites professionnelles et est encore marqué par un héritage, intellectuellement et socialement, très élitiste. Pour Richard Descoing, « Le lycée français doit évoluer, pour permettre à tous les élèves de réussir ». Le rapport, remis le 2 juin 2009à Nicolas Sarkozy, préconise cinq grandes orientations : 1) redéfinir le rôle du lycée, 2) accompagner l’orientation des élèves, 3) rééquilibrer les voies et les séries, 4) rénover les enseignements et s’interroger sur les modes d’évaluation des élèves et 5) redéfinir les missions de l’enseignant.
Synthèse du rapport Descoing - Réforme du lycée
Un constat essentiel est abordé dans l’introduction : Les personnels de direction qui ont pourtant la charge de mettre en œuvre les projets de réforme ne peuvent pas comprendre qu’on les laisse dans l’ignorance des différentes étapes de la construction d’une réforme et de l’argumentation qui a conduit à effectuer les choix retenus... Le rôle des chefs d’établissement est ainsi indirectement abordé.
I - Redéfinir le rôle du lycée
Une meilleure répartition des moyens dans les lycées doit permettre de diminuer le nombre d’élèves en clase de seconde. Des étudiants en Master pourraient aider et accompagner les élèves.
Constats
Le lycée devrait être un lieu de vie, un tremplin de l’égalité des chances, un temps de la construction de soi et de l’apprentissage de l’altérité.
Le lycée est l’espace et le moment où se construisent l’autonomie intellectuelle des élèves, leur accession à la citoyenneté, et où se prépare leur future insertion professionnelle.
De façon plus large, les engagements à caractère associatif, citoyen, humanitaire
et social méritent d’être reconnus de façon analogue dans l’espace-temps du lycée.
Certains élèves se caractérisent par une absence de maîtrise des fondamentaux de la langue française, un manque de méthode de travail et une très grande difficulté à affronter la somme de travail nécessaire pour réussir des études au lycée général et technologique.
25% des jeunes sont aujourd’hui en voie générale série S. C’est exactement la proportion d’une classe d’âge qui allait au lycée à la fin des années 1970, juste avant que la réforme du collège unique fasse ses effets.
Préconisations
- Accompagnement des élèves dans l’autonomie
- Une réforme du lycée doit s’assurer que des conditions d’apprentissage sereines sont offertes aussi bien aux adultes qu’aux élèves
- Il est nécessaire de concentrer les moyens au bénéfice des lycéens qui ont le plus besoin d’un effort déterminé du service public
- Il serait intéressant d’impliquer plus massivement les étudiants en master en proposant qu’une unité de valeur au moins de leur formation dans les universités concerne l’accompagnement scolaire au lycée.
- Un état des lieux pourrait préciser l’implantation des lycées dotés d’un internat et de leur offre de formation en lien avec les Régions, afin de l’étoffer si besoin et de la faire mieux connaître par les familles dans chaque Académie
- Un effort supplémentaire doit être consenti pour la formation permanente des adultes à l’accueil et à l’accompagnement des élèves en situation de handicap, avec des objectifs chiffrés par Académie.
- Il est primordial de veiller à une amplitude horaire maximale pour l’ouverture du CDI.
II – Accompagner l’orientation des élèves
L’orientation doit prendre une place importante dès le collège. Les élèves devraient pouvoir être réorientés en cours d’année et profiter de formations passerelles. Un carnet de l’orientation pourrait être mis en place afin d’aider le suivi de chaque élève.
Constats
Si l’on veut organiser plusieurs modules de découverte pendant l’année de 2nde, il faut bien que les enseignements concernés durent un semestre et non l’ensemble de l’année scolaire
Le système éducatif français dévalorise assez systématiquement la voie professionnelle d’abord, la voie technologique ensuite.
Les gisements d’emplois existent en France et ne sont pas connus. Des entreprises, des secteurs économiques entiers ne parviennent pas à embaucher faute de diplômés qualifiés quand tant de diplômés ne trouvent pas d’emplois.
Les lycéens de la voie générale ne se sentent pas forcément mieux informés sur les cursus universitaires que les lycéens de la voie technologique. Ne l’étant guère sur les cursus, ils ne le sont pas sur les débouchés professionnels.
Préconisations
- L’usage des nouvelles technologies, du numérique et des témoignages vidéos, déjà expérimenté dans certains lycées doit contribuer à rendre l’information sur l’orientation plus concrète et plus accessible.
- L’Education Nationale se doit d’organiser des passerelles entre toutes les filières, à chaque fois dans un sens réciproque, et de façon équitable sur l’ensemble du territoire.
- A différents niveaux d’études et au minimum, au moment du passage d’un cycle à un autre, il est crucial de s’assurer que les élèves disposeront des compétences minimales pour suivre des études dans le niveau supérieur, et ainsi à l’entrée du lycée.
- Des stages en entreprise doivent être possibles pour tous les lycéens.
III - Rééquilibrer les voies et les séries
La classe de seconde doit être une « vraie classe de détermination ». Il est de plus nécessaire de revaloriser la série littéraire en introduisant un enseignement du droit et une culture scientifique. Les filières technologiques doivent être rénovées.
Constats
L’excessive prépondérance de la série S dévalorise de fait à la fois les séries de la voie technologique et les autres séries de la voie générale, tout spécialement la série L
Beaucoup de lycéens de 2nde se battent pour obtenir une admission en S, moins par « vocation scientifique » que parce qu’ils entendent retarder le plus possible l’heure des véritables choix et s’assurer qu’aucune porte ne leur sera fermée.
Préconisations
- Il serait nécessaire de porter un effort national sur la connaissance de la filière technologique et sur ses débouchés, en mettant notamment en valeur les parcours de réussite nombreux.
- Faire de la Seconde une vraie classe de détermination.
- Poursuivre la rénovation des filières technologiques
- Equilibrer les filières de la voie générale
IV - Rénover les enseignements et s’interroger sur les modes d’évaluations
Les enseignements devraient être revus. Ils devraient permettre de former les élèves à la prise de parole, à la rédaction d’un CV et favoriser des cours de méthodologie. La place des « nouvelles technologies » doit être confortée. Les élèves devraient pouvoir participer à leur évaluation. Les séjours d’études à l’étranger pourraient être encouragés, en développant, entre autre, les bourses de mobilité.
Constats
Les régions équipent bien les établissements, mais aucun budget n’est consacré à la maintenance informatique en dépit du rôle central que sont censées jouer les TICE dans l’enseignement. Concrètement, la maintenance est assurée par défaut par des professeurs dans la limite de leurs bonnes volontés, et de leur maitrise technique, au mieux en partie compensée par une décharge horaire ou des vacations.
Préconisations
- Mise en place d’une concertation permanente sur les contenus des programmes scolaires : des Forums de discussion et d’échanges pédagogiques, sous l’égide de l’Inspection Générale et via internet devront être systématisés pour l’ensemble des disciplines.
- La variation des formes et des formats d’apprentissage, les TPE, la pédagogie de projets mériteraient une attention toute particulière afin de renforcer leur rôle et leur progression pédagogique de la seconde à la terminale.
- Renouveler les modes dévaluation
- Formation à l’autonomie par les apprentissages
- Le lycée doit devenir un lieu de formation permanente.
V - Repenser les emplois du temps et les missions de l’enseignant
L’emploi du temps des élèves devrait être refondé. Le temps scolaire pourrait être divisé en plusieurs parties : des périodes réservées pour des stages en milieu professionnel, des séjours d’études à l’étranger et des approfondissements pédagogiques. Le statut de l’enseignant se doit d’être renégocié afin que toutes leurs missions soient reconnues.
Constats
Des enseignants sont extrêmement attachés à leur métier, à la discipline qu’ils enseignent et à laquelle ils ont été formés et sur le fondement duquel ils ont été recrutés. Ces enseignants-là considèrent en effet que leur métier consiste à transmettre le savoir mais non à aider les élèves dans leur orientation. Ils ne se pensent pas davantage formés à la psychologie et ils ne considèrent pas comme entrant dans leur rôle, le soutien spécifique aux élèves en difficulté.
Préconisations
- Un temps scolaire tenant davantage compte du rythme biologique de l’adolescent et des ses aspirations : des cours magistraux pas plus tard que 15h et prolongés par d’autres formes d’apprentissage
- Accès à la culture et aux arts, à l’Education Physique et sportive, l’orientation et l’engagement associatif pour un tiers du temps du lycée
- Des périodes seraient réservées pour faire des stages en milieu professionnel, des séjours d’études à l’étranger, des approfondissements pédagogiques, pour conduire des projets
- Renégociation du statut de l’enseignant pour que l’ensemble de leurs missions soit reconnu