Mission Fourgous pour les Tice

Vers la réussite de tous les élèves

dimanche 9 octobre 2011

La stratégie 2020 de la commission européenne (strategic framework for European cooperation in education and training 2020) prévoit que :

  • Le pourcentage d’élèves de 15 ans ayant des capacités insuffisantes en lecture, en mathématiques et en sciences soit inférieur à 15% ;
  • Le pourcentage de jeunes en décrochage scolaire soit inférieur à 10%.

 Quelques chiffres sur l’échec scolaire en France

  • À l’entrée en 6e, 15% de nos enfants ne savent pas du tout lire,
  • En fin de Primaire, 40% des élèves ont des acquis fragiles ou rencontrent des difficultés importantes
  • En Troisième, 45% des élèves maîtrisent mal de nombreuses compétences attendues à l’entrée au lycée.
  • On compte 20% d’élèves en très grande difficulté (PISA 2009)
  • Selon l’étude PISA 2009, la France se situe à la 22e place en compréhension de l’écrit, 22e place en mathématiques, 27e place en sciences
  • Nous nous plaçons au 69e rang mondial (sur 109 pays) pour la maîtrise de l’anglais (au TOEFL [1]). Seuls 28% de nos bacheliers s’expriment clairement, sans chercher leurs mots.
  • À l’université, à peine 50% des élèves réussissent leur première année sans redoubler et seuls 41% d’une classe d’âge ont un diplôme de l’enseignement supérieur (contre 82% en Finlande).
  • Chaque année, il manque près de 100 000 diplômés en France pour gérer et innover dans les entreprises.

 Quelques chiffres sur les inégalités en France

76 % des Français pensent que « les jeunes sont inégaux face à leur capacité à réussir d’un point de vue scolaire » [2].

  • Selon l’étude RERS 2011, il existe de grandes disparités de retard scolaire selon l’origine sociale de l’élève (voir graphique ci-dessous). « Les enfants d’enseignants ont ainsi 18 fois plus de chance de parvenir en sixième à l’heure ou en avance par rapports aux enfants d’ouvriers non qualifiés » [3]

Proportions d'élèves en retard à l'entrée en 6e (RERS 2011) {JPEG}

  • « La part des élèves en retard venant d’une école appartenant aux « réseaux ambition réussite » (RAR) est presque deux fois plus importante que celle des élèves venant d’une école n’appartenant pas à ces réseaux (24,6 % contre 12,2 %) ». Or les collégiens des RAR sont très massivement d’origine sociale défavorisée : trois quarts d’entre eux (74,1 %) ont des parents ouvriers ou inactifs, contre un tiers (35,0 %) dans les établissements hors RAR et réseau de réussite scolaire (RRS).

 Des points sur lesquels le système peut agir ?

  • Les moyens accordés à l’éducation prioritaire ?

Selon le rapport 2010 de la cour des comptes, la politique de l’éducation prioritaire s’applique à environ 18 % des écoliers et à 21 % des collégiens, soit près de 1,7 million d’élèves.
L’éducation prioritaire bénéficie de moyens supplémentaires, mais, selon le CESE 2011, lorsque les dotations en postes et en heures des établissements sont converties en euros, il apparaît que certains établissements relevant de l’éducation prioritaire apparaissent moins bien traités, que d’autres qui n’y sont pas éligibles.
En avril 2004, le Haut conseil d’évaluation de l’école (HCEE) reconnaissait que le surcoût en moyens de l’éducation prioritaire « entre 10% et 20% », était en partie compensée par le fait que les personnels affectés en éducation prioritaire étaient un peu plus jeunes (41,4 ans en moyenne contre 43,5 ans).
La DGESCO, toujours selon la cour des comptes, a « cependant évalué à 922 M€ le surcoût de l’éducation prioritaire en tenant compte des taux d’encadrement plus importants, des dispositifs indemnitaires, et des crédits pédagogiques et sociaux ».

Selon le CESE [4], « la lutte contre les inégalités de réussite à l’école ne peut se réduire à une seule question de moyens financiers, l’évolution des inégalités n’étant pas directement corrélée à celle des moyens fournis à l’Éducation nationale » par ailleurs en constante évolution ((60,5 Milliards d’euros en 2011, soit une augmentation de 1,6% par rapport à 2010).

  • Les pratiques pédagogiques et donc la formation des enseignants ?

Les pédagogues insistent sur l’action : « on n’apprend pas à faire du piano en regardant le prof jouer ! ». Selon Maria Montessori [5], le principe fondamental de toute pratique pédagogique, liant l’enseignant à l’enfant, peut se résumer par “Aide-moi à faire tout seul”, soit selon Philippe Meirieu : « donner à l’enfant les moyens et créer la situation dans laquelle il pourra faire les choses lui-même […], le placer dans des conditions d’apprentissage où lui seul doit devenir capable de faire ». Cela revient à mettre en œuvre une pédagogie de l’expérience et une pédagogie différenciée dans les classes afin de permettre à chaque élève non seulement de faire, mais de faire à son rythme.

Selon Philippe Meirieu, c’est toute l’organisation de l’enseignement qu’il faut revoir : depuis un demi-siècle, « l’institution n’a cessé de privilégier l’enseignement au détriment de l’étude, le temps d’exposition en classe au détriment du temps de travail personnel et par petits groupes, la « leçon » au détriment de l’exercice, de la recherche, de l’investissement dans des tâches. » C’est ainsi qu’on entend des enseignants dire : « Tu travailleras à la maison, ici tu écoutes ! » Selon Philippe Meirieu, « le lycée doit devenir ce qu’il aurait toujours dû être : un lieu de travail individuel et collectif pour les élèves ».

  • Aider à développer les compétences des jeunes enfants ?

Selon une étude de la DEPP [6] :
« La réussite de la scolarité élémentaire dépend avant tout du niveau de compétences à l’entrée au CP. De fait, les chances de parvenir en sixième à l’heure ou en avance sont deux fois plus liées à ce niveau initial qu’à l’origine sociale ou au niveau d’études des parents.
Quand leur niveau de compétences à l’entrée au CP les situe parmi les 10 % d’écoliers les plus faibles, 27 % des enfants de cadres ou de professions intermédiaires, mais seulement 7 % des enfants d’ouvriers, figurent, aux évaluations nationales de sixième, parmi la moitié des élèves qui réussit le mieux. Les différences de compétences à l’entrée au CP ne pèsent que pour moitié dans les inégalités sociales de réussite de fin d’école élémentaire
D’une part, les performances scolaires des écoliers sont très liées à leur degré de compétences à l’entrée au CP, lui-même variable selon le milieu social d’origine ; d’autre part, à niveau initial comparable, les enfants originaires des milieux sociaux les plus favorisés ou ceux dont les parents sont les plus diplômés progressent davantage, si bien que les inégalités sociales se creusent au fur et à mesure de l’avancée dans la scolarité élémentaire.
La moindre réussite des enfants d’immigrés est d’abord due au fait qu’ils entrent au CP avec des acquis plus faibles que ceux des autres élèves. En revanche, à niveau initial comparable, ils progressent plus en français et en mathématiques et redoublent moins. »

  • Améliorer les relations entre l’École et les parents avec la mise en place d’une éducation partagée ?

De nombreuses études [7] ont montré le bénéfice d’un partenariat entre l’École et les familles : « amélioration du comportement des élèves, une plus grande motivation, un taux d’absentéisme moindre, une réduction du taux d’abandon des études, une attitude plus positive à l’égard de l’École en général » et pour les chercheurs Harris et Goodall [8], « l’engagement des parents est un levier puissant pour améliorer les résultats à l’École ».
L’évaluation PISA 2009 a également démontré la plus grande performance des systèmes éducatifs s’inscrivant dans des logiques d’éducation partagée [9].


Notes

[1] TOEFL 2009 : Test of English as a Foreign Language

[2] Rapport de l’Afev. Observatoire de la Jeunesse Solidaire. 2011. En ligne. Consulté le 2/04/11. http://www.afev.fr/communication/Ob...

[3] Caille Jean-Paul et Rosenwald Fabienne. Les inégalités de réussite à l’école élémentaire : construction et évolution. Étude de la DEPP. Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. 2006. En ligne. http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc...

[4] Nau Xavier. Les inégalités à l’école. Conseil économique, social et environnemental. 2011. En ligne. http://lesrapports.ladocumentationf...

[5] Maria Montessori est à l’origine de la pédagogie Montessori reposant sur une « éducation ouverte ».

[6] Caille Jean-Paul et Rosenwald Fabienne. Les inégalités de réussite à l’école élémentaire : construction et évolution. Étude de la DEPP. Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. 2006.

[7] Christenson et al., 1992 ; Epstein, 1990, 1992 ; Grolnick et Slowiaczek, 1994. Deslandes Rollande et Royer Égide : Style parental, participation parentale dans le suivi scolaire et réussite scolaire, En ligne, http://www.erudit.org/revue/ss/1994...

[8] Harris Alma et Goodall Janet, Les parents-savent-ils qu’ils ont de l’importance ? Université de Warwick, Royaume-Uni, 2007, En ligne. https://www.education.gov.uk/public...

[9] Richez Jean-Claude (chargé d’étude et de recherche à l’INJEP, coordinateur de la mission), Les Jeunes face à leur avenir saisis par les sondeurs : Pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté ? 2008, En ligne. http://www.ressourcesjeunesse.fr/IM...

 
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